Martinisme
L'Ordre dans le monde
Documents et Etudes

MARC HAVEN - Nom de plume du Dr. Emmanuel LALANDE, gendre du Maître PHILIPPE

A tous les hommes de bonne volonté. Homme de Désir, Frère inconnu, toi qui marches vers Thèbes, en quelque région de nos terres où tu te trouves, c’est à toi que je pense et c’est à toi que je m’adresse. C’est à toi que je pense et c’est à toi que je parle ; car, dans les déserts préparatoires, tu as appris notre langue maternelle et les verbes primitifs des Anciens te sont, comme à nous, de lumineux flambeaux, ô voyageur inconnu que j’aime comme un frère.

Demain, tu seras le Maître puissant des royaumes terrestres ; hier encore n’étais-tu pas l’esclave de la dernière des races et ne servais-tu pas les reptiles de la terre ? Aujourd’hui, disciple d’un Maître, incertain de l’avenir, timide encore, tu t’effares aux portes de lumière.

Peut-être en repassant dans ta mémoire les étapes parcourues pour arriver jusque là, trouveras-tu quelque assurance nouvelle, quelque enseignement pour le présent.

Lorsque tu vins, sortant du monde, parmi nous, tu n’étais plus qu’un souvenir de l’homme dont tu portais encore le nom. Mais toutes tes facultés, toutes tes vertus, toutes les promesses faites à tes ancêtres étaient plongées dans l’oubli volontaire où tu les avais laissées s’endormir. Tu appartenais à cette masse humaine conçue dans le péché et par le péché, vu les inconscientes iniquités de ceux qui t’engendrèrent.

Quel lugubre tableau que celui de cette vie humaine à laquelle tu appartenais, tout entier, alors !

L’homme porteur dans le sein maternel de tares héréditaires et chargé avant la vie d’un destin déjà douloureux, apparaît au jour, écrasé sous le poids de ces « ténébreuses passivités ». Il naît, il va recevoir intérieurement le lait tâché de ces mêmes souillures et, extérieurement, mille traitements maladroits qui vont déformer son corps avant même qu’il soit formé. Des conceptions dépravées, des langues fausses et corrompues vont assaillir toutes ses facultés et les épier au cours de leur développement pour les infecter aussitôt.

Ainsi vicié dans son corps et dans son esprit avant même d’en avoir l’usage, il va entrer dans la triste administration de ceux qui l’environneront dans son premier âge, qui sèmeront au hasard dans cette terre des germes désordonnés et mauvais.

La jeunesse, l’âge viril ne vont être qu’un développement successif de tous ces germes. Un régime physique presque toujours contraire à la nature va continuer de presser à contresens le principe de sa vie.Dévié de plus en plus de sa ligne, avide de sciences externes, il porte à l’extérieur et disperse toutes les facultés de son esprit au lieu de les porter vers cet intérieur qui lui eût tout appris et prodigué tous les trésors.

Il s’oublie dans des occupations frivoles et illusoires, qui prennent à ses yeux tellement l’apparence de la réalité, qu’elles effacent pour lui jusqu’à la passivité du temps.

C’est ainsi qu’au milieu d’une tempête perpétuelle il arrive au terme de sa vie tourmenté par les procédés d’une médecine ignorante, d’une philosophie mondaine plus douloureuse encore à son esprit, qui s’évadait peut-être alors. Voilà de quel peuple tu sortais, voyageur égaré, lorsqu’une voix t’appela par ton nom ; un nom flamba dans ton cœur et tu vins grossir les rangs des Hommes de Désir, malgré les craintes, malgré les souffrances prévues. Or, quelle fut ton ascèse ? Pour sublimer ton être, quelle méthode, quelles sciences te furent enseignées ?

Ceux qui t’avaient appelé, ceux que tu aimais comme des frères, comme des amis retrouvés, et à qui tu demandais de diriger tes pas vers les villes lumineuses, t’ont montré, derrière toi, le désert. Ils t’ont fait comprendre que toute l’œuvre, ici, devait être en toi ; qu’il te fallait 40 jours et 40 nuits de méditation pour apprendre à te connaître, à distinguer tes ennemis de tes amis, les hiérarchies de leurs forces.

En toi-même, en ton âme, tu fis la découverte de tous tes principes, et il devait en être ainsi, car tu n’aurais pas été renouvelé dans toutes tes substances si tu n’eusses appris de si hautes vérités que par la tradition, si tu n’eusses acquis la connaissance intime des noms par expérience, par sentiment.

Silencieusement, tu attendais dans quelque retraite que mûrisse en toi le désir, et que ton esprit s’éclaire. Lentement, en effet, le progrès se fit ; tu te compris une pensée de Dieu et que ton être réel, ta véritable individualité, ne pouvait être qu’en lui. Un des signes les plus vifs de ton avancement dans cette voie fut le jour où, sensiblement tu éprouvas que les choses de ce monde ne sont point ; alors, un seul assentiment de la vie renversa toutes tes idoles et te dévoila la différence qui sépare le monde spirituel de cet assemblage de fantômes polymorphes, fuyants, inconstants, qui composent la région naturelle où nous sommes liés par notre corps.

Ce fut ton Illumination. Tout ce qu’on appelle aujourd’hui étant disparu, tout reprit le nom universel de l’Ancien des Jours. Au Nord, au Midi, à l’Orient, à l’Occident, tu pénétras l’esprit universel. Or depuis quatre jours comme Lazare, tu ressuscites dans tes quatre grandes facultés primitives.

Pas de repos, pas de cesse, jusqu’à ce que se fût réveillée en toi cette impétuosité vitale, ton essence, par qui tu devais chasser de toi tous les vendeurs qui étaient venus établir le siège de leur trafic jusque dans ton Temple. La continuité de l’effort, quotidienne lutte, la tension permanente de l’âme : voilà les conditions indispensables à l’illumination spirituelle.

Plus grands furent tes progrès et plus grands les obstacles se dressèrent sur ton chemin. En toi-même des interrogateurs, des sceptiques et stériles interlocuteurs s’élevèrent pour jeter le trouble dans ta raison et les miracles qu’ils te demandèrent, accomplis ou refusés, te laissèrent plus faible devant eux, toujours aussi futiles. Tu subis les tentations, les menaces, les épreuves, avant de quitter ton désert. Mais ce fut une joyeuse, une ferme bataille, car tu savais la Loi.

Ce n’est qu’au prix des plus grandes souffrances que se fait la Régénération. Tous les symboles, toutes les traditions nous l’enseignent.

Le Soleil passe au méridien inférieur avant de paraître, glorieux, à l’Orient ; avant que la vie nous pénètre il faut que l’absolue souffrance, la détresse, la dévastation aient glacé en nos veines et détruit en nous tout ce qui rendait sa présence impossible. C’est cette voie de mort que doit traverser tout homme et plus rapidement, plus douloureusement par conséquent, ceux qui s’élèvent et se hâtent. C’est la voie qu’ont suivie nos Maîtres, celle du véritable philosophe.

L’épreuve terminée, tu quitteras le désert, victorieux, et te voici rempli de cette clarté intellectuelle et de cette ardeur intime, fruit de tes labeurs, marchant de nouveau vers les cités des hommes. Mais tu as désappris les symboles matériels ; tu n’as plus rien de commun avec eux, tu ne rêves plus ce rêve pénible. Porteur d’armes trop fortes, trop bien protégé contre les illusoires attaques de tes ennemis, tu ne sais plus agir dans le monde des passivités ; l’égoïsme t’entraîne ou le doute ; les crises terribles de l’incertitude te paralysent, te prosternent.

Alors, celui qui était si justement fier de son élévation s’abaisse, il redescend, il cherche un appui, il supplie dans la nuit, pour qu’un Frère plus âgé, plus instruit par la possession des pouvoirs, pour qu’un Adepte apparaisse et parle. Si telles sont tes angoisses, esprit, Frère de mon esprit, cœur uni à mon cœur, écoutons ensemble ce qu’ont révélé les maîtres, les quatre maîtres revenus vivants du Jardin des Grenades.

A quatre voix, ils ont chanté le cantique de la joie ; joie délirante, joie surhumaine, joie violente, joie fécondante.

Vous qui désirez savoir, ont-ils dit, apprenez. Il ne suffit pas que l’homme soit une pensée de Dieu, et c’est là que s’arrête notre Science, il faut encore qu’il en soit une parole. Ainsi seulement, il sera régénéré dans sa nature originelle. Au merveilleux Jardin d’où nous revenons, nul ne s’absorbe en d’immobiles contemplations, mais dans la lumière perpétuelle, c’est une active et continuelle création. La pensée ne peut s’affirmer sans créer autour d’elle la série des Etres qui furent ses opérations et qui deviennent ses facultés actives. La mort, les mots de destruction, d’anéantissement y sont inconnus, car la vie ruisselle et déborde les murs en fleurs du Jardin. Malheur aux prophètes qui enseignent les doctrines de terreur, de haine, de destruction : fuyez ceux qui méprisent la chair et le sang, l’âme dans la plénitude de ses formes, car toutes les promesses seront tenues et la régénération est une œuvre vive. Aime, parle, agis ; autour de toi, de tous côtés, naissent des guerriers pour soutenir tes efforts ; aujourd’hui les poètes, tes Frères, sont dans tes rues … Ils parlent sur les places, ils viennent avec des gestes comme des palmes et des verbes comme des épées.

Mais, que ce soit ou non votre destin d’être les bienheureux témoins, semez autour de vous les puissances régénérées en vous et dont vous êtes les

dépositaires et non pas les propriétaires. Soyez les Thérapeutes des matériels et des instinctifs, les guides des animiques. Enveloppez-vous pour descendre.

Rappelez-vous les paroles : « Ce n’est pas l’aube de la lumière qui devait autrefois avertir ton âme de tels devoirs journaliers et de l’heure où l’encens doit brûler sur tes foyers, c’est ta voix elle- même qui devait appeler l’aube de la lumière et la faire briller sur ton œuvre, afin qu’ensuite tu puisses, du haut de cet Orient, la verser sur les nations endormies dans leur inaction et les arracher à leurs ténèbres ». Voilà ton rôle, ton devoir, Homme Régénéré ; tu es un intermédiaire entre l’Eternel et le Temporel, entre l’avenir et le présent.

Aux paroles des Maitres, tu comprendras où s’arrêtent tes pouvoirs, où commence l’œuvre providentielle. Instruit par eux, tu franchiras les trois degrés de l’Initiation Théosophique. C’est ainsi que les Sages Kabbalistes donnaient à leurs disciples des noms bien différents à leur naissance au mystère, à leur majorité symbolique, à leur adeptat traditionnel.

C’est ainsi que celui qui lisait dans les étoiles les volontés de Dieu avant qu’elles fussent exécutées sur la terre s’appelait TEKOA, l’homme de souffrances, le fils de JOCHAI ; et lorsqu’il revint, enseignant, ses disciples l’appelèrent comme nous l’appelons toujours depuis : RASCHBI, le NOUVEL HOMME.

MARC HAVEN


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